L’homme révolté parait en 1951. Dès les premières pages, le contexte est cinglant : « On estimera peut être qu’une époque qui, en cinquante ans, déracine, asservit ou tue soixante-dix millions d’êtres humains doit seulement, et d’abord, être jugée. » Naissance du spectacle de la déraison, la révolte est à la fois négation ça suffit !, mais aussi affirmation de valeurs j’ai le droit de !. Comment la révolte accomplit-elle sa révolution, installant les insoumis d’hier dans le rôle des tyrans de demain, au détriment des valeurs dont elle a elle-même fait la promesse ? Comment l’être humain est-il parvenu à s’accommoder du meurtre systématique, allant jusqu’à l’inscrire au cœur de ses institutions ? À l’heure des fascismes, nazismes, totalitarismes, dictatures communistes et autre États policier, l’innocence meurtrière est ainsi sommée de fournir ses explications.
L’ambition de cet essai est donc de relever ce défi. Les mécanismes de la révolte sont alors passés au crible. Critique des absolus ; critique de l’idéalisme ; critique du nihilisme ; critique des régicides ; critique des déicides ; critique du terrorisme individuel ; critique des terrorismes d’État ; critique de la téléologie révolutionnaire, etc. Albert Camus met ainsi en lumière différents mécanismes avec lesquels la révolution trahie la révolte, en niant son mouvement le plus pur l’existence d’une limite, jusqu’à l’assassiner, au profit d’un nihilisme total.
Au travers de l’homme révolté, Albert Camus offre non seulement une œuvre magistrale à l’humanité, mais aussi une grande leçon. Leçon provenant d’un des rares hommes ne s’étant pas réjouit d’avoir franchi un nouvel échelon dans la sauvagerie, au lendemain du 7 août 1945.
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